dimanche 29 novembre 2009

L’Islam contre le patriarcat (1)


Musawah est un mouvement à vocation internationale, initié par les Sisters in Islam - groupe de réflexion malaysien fondé en 1988 qui a pour objectif primordial de “renouer avec l’esprit révolutionnaire de l’Islam” et pour effet collatéral plutôt heureux de battre en brèche les discours néo-coloniaux de féministes blanches en mal de sensation. Car certaines d’entre elles - avec l'appui de faire-valoirs du Tiers-monde évidemment - ont fait de la dénonciation de l’Islam leur fond de commerce, préfèrant à la lutte contre les abus toujours tenaces du patriarcat dans les sociétés dites “libres”, l’exhortation incessante des musulmanes à diluer leur foi dans un mélange pas très subtil de pseudo-universalisme et d'ultra-libéralisme (sans autres limites que celles - forcément émancipatrices - du capital).
Musawah, en dépit de certaines faiblesses, présente au moins la qualité d'inclure une diversité de points de vue. C'est une plateforme d'échange pour les militant-e-s et les intellectuel-le-s de douze pays - qui incluent l’Egypte, le Qatar, le Royaume-Uni, l’Iran, la Gambie, le Nigeria, le Pakistan, les Etats-Unis, la Turquie et le Maroc.

Leurs débats dessinent les contours d’un féminisme islamique, déjà esquissé par d’autres figures malheureusement peu connues du public francophone - telle Zaynab Al Ghazali (1917-2005), une militante qui a fondé l’Association des Femmes Musulmanes et passé plusieurs années en prison. A la mention de son nom, il se peut que certain-e-s défaillent car Zaynab al Ghazali était proche des Frères Musulmans mais cette proximité n’a jamais entravé son cheminement personnel dans la quête de justice, au point d’avoir toujours maintenu l’autonomie de son organisation vis-à-vis des Frères.

Comme l’a observé Margot Badran, une chercheuse qui a publié de nombreux articles et ouvrages liés au féminisme islamique, dont Feminism in Islam: Secular and Religious Convergences (Oneworld Press, Oxford, 2008): “Le féminisme islamique est de loin plus radical que les féminismes laïcs desquels se revendiquent certaines musulmanes.”

L’expression “Islamic feminism” n’est de toute façon jamais traduite en français où la possibilité même d’un féminisme des minorités - qui ne soit pas articulé aux discours dominants sur... la domination - reste impensé. De la même façon, le Black Feminism est en France à peine (re)connu - la seule anthologie disponible à ce jour a été publiée chez l’Harmattan en 2008 et les textes n'abordent même pas le corpus, pourtant extrêmement riche, du Chicana Feminism (féminisme des minorités latino-américaines). Si le Black Feminism a été qualifié, l'espace d'une saison, par le magazine les Inrockuptibles de "buzz qui monte" [sic], le soufflé est fatalement très vite retombé - ce champ ayant été réduit à sa dimension strictement culturelle, "fashion" et branchée. Une pub Benetton, en somme.

Les conséquences politiques fracassantes de ces textes ont donc largement été passées sous silence. Personne n'a vraiment trouvé d'intérêt à mettre en perspective ces articles avec les combats féministes d'autres minorités plus proches de nous, dans le temps et dans l'espace - celui des lycéennes musulmanes que l'école républicaine a exclu de ses rangs parce qu'elles portaient un voile, par exemple.

Update 1/12: à la Découverte, traduction française du livre de Saba Mahmoud "Politique de la piété. Le féminisme à l'épreuve du renouveau islamique" (octobre 2009)

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jeudi 26 novembre 2009

Le pélerinage de Malcolm X à la Mecque

Au retour de son pélerinage à la Mecque, Malcolm X a publié une lettre ouverte (ci-dessous, extraite de son autobiographie - discussion avec le journaliste Alex Haley) sur l'Islam, les peuples sous domination coloniale et le racisme en Amérique. Au journaliste qui lui demande s'il va définitivement abandonner le nom de Malcom X au profit de son patronyme musulman, il répond: "Je vais continuer de porter le nom de Malcolm X tant que perdure la situation qui a produit ce nom". Et tire les conclusions politiques de son expérience spirituelle de pélerin sur le site sacré de la Ka'aba édifiée par le prophète Abraham (as).

« Jamais je n’ai connu d’hospitalité aussi sincère ni de fraternité aussi bouleversante que celles des hommes et des femmes de toutes races réunis sur cette vieille Terre Sainte, patrie d’Abraham, de Muhammad et des autres prophètes des Saintes Écritures. Durant toute la semaine qui vient de passer, j’ai été à la fois interdit et charmé par la bonté et la gentillesse déployées, autour de moi, par des personnes de toutes les couleurs.

« J’ai eu la chance de visiter la cité sainte de la Mecque, j’ai fait sept fois le tour de la Ka’aba, guidé par un jeune nommé Muhammad; j’ai bu l’eau du puits de Zam-Zam, j’ai fait sept fois l’aller-retour, en courant, entre les collines de Safa et Marwa. J’ai prié dans l’ancienne cité de Mina et j’ai prié sur le Mont Arafat.

« Il y avait des dizaines de milliers de pèlerins, qui étaient venus de partout à travers le monde. Ils étaient de toutes les races, il y avait des blonds aux yeux bleus et des noirs africains. Mais nous nous soumettions tous aux mêmes rituels, dans un esprit d’unité et de fraternité que mes expériences, aux États-Unis, m’avaient amené à croire impossible entre un Blanc et un Noir.

« L’Amérique a besoin de comprendre l’Islam, parce que c’est la seule religion qui ignore le racisme. À travers mes voyages dans le monde musulman, j’ai rencontré, discuté et même mangé avec des gens que nous aurions considéré comme des Blancs, aux Etats-Unis – mais la mentalité du Blanc était absente de leur esprit et avait été remplacée par l’Islam. Jamais auparavant je n’avais vu une telle fraternité réunissant des gens de toutes les races.

« Peut-être serez-vous renversés par ces mots, surtout venant de moi. Mais ce que j’ai vu et vécu au cours de ce pèlerinage m’a obligé à réviser certaines idées qui étaient miennes, à rejeter certaines conclusions auxquelles j’étais parvenu. Cela n’a d’ailleurs pas été très difficile. Car en dépit de mes fermes convictions, j’ai toujours été un homme qui sait faire face à la réalité et qui l’accepte, qui aime vivre de nouvelles expériences et apprendre de nouvelles choses. J’ai toujours gardé un esprit ouvert, ce qui est nécessaire à une flexibilité qui va de pair avec toute quête intelligente de la vérité.

« Au cours de mes onze derniers jours, ici, dans le monde musulman, j’ai mangé dans le même plat, bu dans le même verre, dormi sur le même tapis et prié le même Dieu que mes frères musulmans aux yeux les plus bleus, aux cheveux les plus blonds et à la peau la plus blanche qui soient. Dans leurs paroles comme dans leurs actes, les musulmans « blancs » sont aussi sincères que les musulmans « noirs » d’Afrique, qu’ils soient du Nigéria, du Soudan ou du Ghana. Nous sommes véritablement frères. Parce qu’ils croient en un seul Dieu, ils excluent de leur esprit, de leurs actes et de leurs comportements toutes considérations raciales.

« J’ai pensé, en les voyant, que si les Blancs américains admettaient l’Unicité de Dieu, ils pourraient peut-être admettre également l’unicité de l’homme et ils cesseraient de s’affronter, de nuire à autrui pour des raisons de couleur.

« Le racisme étant le véritable cancer de l’Amérique, nos “chrétiens” blancs devraient se pencher sur la solution islamique du problème; solution qui a fait ses preuves, et qui pourrait peut-être intervenir à temps pour sauver l’Amérique d’une catastrophe imminente – celle-là même qui s’est abattue sur l’Allemagne raciste et qui a fini par détruire les Allemands eux-mêmes.

« Chaque heure passée ici en Terre Sainte m’a permis de mieuxcomprendre le problème racial des États-Unis. On ne saurait blâmer le Noir pour son agressivité dans ce domaine : il ne fait que réagir à quatre siècles de racisme conscient de la part des Blancs. Mais si le racisme mène l’Amérique au suicide, je crois que les jeunes Blancs de la nouvelle génération, ceux des universités, verront ce qui crève les yeux, et que nombre d’entre eux opteront pour la vérité spirituelle. C’est le seul moyen qu’ait encore l’Amérique d’éviter le désastre auquel mène inévitablement le racisme.

« Jamais je n’ai été honoré comme ici. Jamais je ne me suis senti plus humble et plus digne. Qui aurait cru qu’un simple Noir américain serait comblé de tant de bénédictions. Il y a quelques nuits de cela, un homme que l’on aurait appelé un « homme blanc », aux Etats-Unis, un diplomate de l’ONU, un ambassadeur, un ami des rois, m’a gracieusement cédé sa suite à l’hôtel, m’a donné son lit pour la nuit. Jamais je n’aurais même rêvé d’être l’objet d’un pareil honneur, d’un honneur qui, aux Etats-Unis, aurait été réservé à un roi, et non à un Noir.

« Louanges à Dieu, le Seigneur des mondes! »


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jeudi 19 novembre 2009

Algérie - Egypte: le match truqué des dictatures

Article d'Omar Benderra publié sur Algeria Watch (16/11/09).
Voir aussi la traduction en français d'un post d'Angry Arab, intitulé "Nationalisme arabe et football" sur le site du Bougnoulosophe.
Les attaques contre une société de téléphonie mobile à capitaux égyptiens et le sac de la représentation de la compagnie aérienne égyptienne, tout comme les agressions sur les personnes de cette nationalité ne sont nullement une surprise. Ils suivent les incidents du Caire, où des jeunes ont lapidé le bus transportant l’équipe de foot algérienne, et d’autres violences dont ont été victimes les supporters algériens à la sortie du Cairo International Stadium. Tout est fait pour entretenir, aussi bien en Egypte qu’en Algérie un climat malsain où la colère et la frustration des jeunes trouvent un exutoire facile, immédiatement identifiable et complètement mystificateur. Il est proprement extraordinaire qu’aucune voix ne se soit élevée pour appeler au calme et relativiser l’importance d’une rencontre de football, qualification au mondial ou non. Au contraire, les télévisions des deux pays, les sites internet plus où moins officieux, les journaux nourrissent une absurde dramatisation et écrivent au jour le jour un scénario de conflit où la bêtise le dispute à l’indignité. Est-il surprenant qu’aucun dirigeant ne soit intervenu pour appeler à la raison et ramener les choses à de plus justes proportions ?
Les peuples algériens et égyptiens ne sont pas ennemis et ne le seront jamais. Ils ne peuvent l’être pour toutes les raisons du monde et d’autant moins qu’ils partagent le même sort. Les dictatures policières et les anti-élites de pouvoir - des voyous en col blanc comme le montre la gestion des événements - qui écrasent les Egyptiens et les Algériens appartiennent au même monde : celui des criminels. L’écrasement des libertés, l’oppression quotidienne, la misère et le désespoir sont le lot commun de la majorité des deux peuples. Présidence à vie, toute puissance des services de police politique, prédation à large échelle sont les caractéristiques que partagent deux régimes qui maintiennent tous deux leurs peuples sous état d’urgence depuis des décennies. Les régimes se ressemblent au point d’être l’un et l’autre incarnés par deux vieillards en mal de succession dynastique. Loin de ces cercles, les jeunes qui agitent avec passion leurs drapeaux et sont prêts à tuer leur voisin pour une misérable qualification à un tournoi de football sont les mêmes que ceux qui tentent de fuir désespérément leurs pays. Ce sont ces jeunes, en tout point semblables qui errent clandestinement dans les artères hostiles des métropoles occidentales. Les enfants des voleurs au pouvoir à Alger et au Caire, également en tout point semblables, eux, roulent en voitures de luxe dans les beaux quartiers des mêmes métropoles. Ceux-là sont en règle : ils n’ont aucun problème de résidence, avec l’argent volé aux millions d’exclus de leurs malheureux pays, ils bénéficient des meilleurs papiers d’identité. Est-il besoin d’ajouter que les deux peuples partagent les mêmes vrais ennemis extérieurs ?

Il est proprement désolant d’entendre et de lire les tombereaux d’invectives qui se déversent sans aucune censure – tiens donc ! – dans les médias des deux pays. Mais que ces injures doivent sonner délicieusement aux oreilles des despotes, de leurs obscènes clientèles et de leurs polices. La diversion est magistralement exécutée, le cycle des provocations a été parfaitement enclenché et quel que soit le résultat sur le terrain sportif, c’est d’ores et déjà tout bénéfice pour les régimes. La colère légitime des jeunes est détournée vers un improbable ennemi, les passions émeutières sont aiguillées vers des cibles illusoires. Pour grossière qu’elle soit, la manœuvre permet de calmer autant que faire se peut les tensions sociales et le mal-être général. La mystification semble fonctionner mais, cela ne fait guère de doute, la réalité finira par s’imposer.
Les véritables ennemis des peuples algérien et égyptien sont leurs propres dirigeants.
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mercredi 18 novembre 2009

"Un peu prématuré"

L'Union européenne a refusé mardi 17 novembre de soutenir le projet palestinien d'obtenir auprès du Conseil de sécurité de l'ONU la reconnaissance d'un Etat palestinien indépendant, sans le consentement de l'Etat israélien. Bruxelles estime une telle démarche "prématurée".
"J'espérerais être en position de reconnaître un Etat palestinien mais il doit d'abord en exister un, donc je pense que c'est un peu prématuré", a déclaré Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères suédoise, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. Il a expliqué que "les conditions ne sont pas encore là" pour une telle reconnaissance.

Les chefs de la diplomatie des 27 membres de l'UE s'entretenaient pour trouver un moyen de se coordonner avec les Etats-Unis afin de pousser Israéliens et Palestiniens à reprendre les pourparlers sur la paix.
Carl Bildt a estimé que le projet palestinien est "clairement un acte provoqué par la situation difficile (des Palestiniens NDLR) qui ne voient aucune issue".


Source: Nouvelobs.com
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mardi 17 novembre 2009

Les enfants perdus de la classe ouvrière britannique

Comment lutter contre la pauvreté croissante des enfants issus de la classe ouvrière sans grever le budget de l’Etat? Facile: expédier les bouches inutiles - jeunes, dociles et sans défense car souvent orphelines ou de mères célibataires - de l’autre côté de l’hémisphère nord. C’est la solution concrètement mise en place par le gouvernement britannique qui profita de ses liens privilégiés avec les pays du Commonwealth pour dégraisser les orphelinats de sa Majesté entre 1920 et 1967. Plus de cent mille enfants pauvres furent ainsi déportés, en Australie notamment.

Ce lundi, le Premier Ministre australien, Kevin Rudd, a présenté des excuses à ces orphelins et autres enfants perdus de la classe ouvrière - “Lost Innocents”. A noter que ce mea culpa national précède celui du gouvernement britannique, dont les plus hautes instances n’ont pas encore daigné statuer sur l’affaire avec la même vigueur - trop occupées, sans doute, à sauver des banques.

Le journaliste Mark McDonald a couvert la cérémonie australienne pour le International Herald Tribune daté du 17 novembre, dans un papier trop sobrement intitulé: “l’Australie demande pardon aux enfants migrants”. Craint-il de froisser la logique capitaliste de rentabilité aujourd’hui parée des atours trompeurs de l’éthique?


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Extraits traduits en français du papier de McDonald - les excuses convenues du très convenable ministre sont ici zappées au profit des faits et témoignages:


Les enfants britanniques étaient regroupés par milliers, certains d’entre eux âgés de seulement 3 ans, retirés de leurs familles - pauvres ou avec mères célibataires. On les envoyait ensuite à l’étranger où ils étaient censés trouver une vie meilleure. C’est plutôt l’isolement ainsi que les violences physiques et sexuelles qui les attendaient, ce que le Premier Ministre a qualifié lundi de “tragédie absolue de ces enfances perdues”.

Dans un discours émouvant adressé à Canberra au milieu d’une audience en pleurs, le Premier Ministre a présenté des excuses nationales pour le rôle joué par l’Australie dans ces programmes de migration qui ont entraîné la déportation de 150 000 jeunes Britanniques - appelés en Australie “les Innocents Perdus” - vers l’Australie, le Canada et d’autres endroits du Commonwealth. Le programme a duré environ 40 ans.

(...)

Roy Braydon, 65 ans, dans une interview à l’Associated Press, a déclaré qu’il avait 6 ans lorsqu’il a été violé par un officier de l’Armée du Salut. C’était lors de la première nuit passée dans un établissement pour jeunes garçons à Melbourne.

“Lorsqu’on racontait cela, à l’époque, on était battu presqu’à mort, enfermé dans des prisons et autres cellules d’isolement” a déclaré Mr Braydon.

Il a néanmoins reçu une compensation financière de l’Armée du Salut et entamé des poursuites judiciaires contre le gouvernement de l’Etat de Victoria.

John Hennessey, 72 ans, de Campbell-town, près de Sydney est aussi un ancien enfant déporté qui a coopéré avec une enquête parlementaire britannique menée en 1998. Ce lundi, il a déclaré à l’AP qu’il était âgé de 6 ans lorsqu’il a été retiré d’un orphelinat britannique pour être placé dans une école de garçons dans l’ouest de l’Australie.

Mr Hennsey parle encore avec un bégaiement qui, dit-il, date du jour où il a été sauvagement battu par un directeur australien. Il avait 12 ans au moment des faits. Son crime de l’époque: avoir volé des raisins dans une vigne parce qu’il avait faim.


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vendredi 13 novembre 2009

Le choix sémitique contre l’identité nationale

Le martyr résistant Jean-Pierre Timbaud en s’effondrant sous des balles qui, avant d’être allemandes, étaient d’abord fascistes n’a pas crié: Vive la France! - comme l’ont prétendu de vieux staliniens malhonnêtes et frontistes - mais: Vive le Parti Communiste allemand.
Cette seule parole réduit à néant la totalité des discours en vogue sur l’identité nationale. L’injonction à aimer - ou à détester - la France a quelquechose de profondément incompréhensible et absurde: c’est comme être forcée par son amant à cracher une déclaration d’amour. Outre le caractère franchement grossier, assez brutal et carrément pathétique de la requête, cela s’avère au final tout à fait contre-productif. Mais un certain
hédoniste sexiste, prétendu anarchiste, qui publie chez Grasset en écrivant dans le Nouvel Observateur - comble de subversion - s’en tape. Enfin, n’est pas Diogène qui veut.
D’un point de vue politique, le fait même de discuter cette identité nationale (?) - y compris pour en réfuter la conception sarkozyste - est vain. Au lieu de réfléchir à la nature de ce que nous sommes (ou plutôt de ce que nous “serions” parce que c’est toujours une hypothèse), il faudrait plutôt se demander: pour
qui est-ce si important de nous couler dans le moule d’une identité - ici, nationale?
Peu importe d’être Français ou Chinois, il est plus décisif de devenir... “sémite spirituel”, par exemple - comme le suggèrent Louis Massignon et le préfacier de ses Ecrits Mémorables, Christian Jambet.

“ (...) L’importance aujourd’hui de Louis Massignon est d’avoir pressenti, éprouvé et expliqué ce qui est devant nous, ici et maintenant, présent, en quoi s’annonce notre futur, tel un moment de l’Histoire où toute l’histoire humaine devient symbole de l’histoire invisible: le siècle à venir sera abrahamique. Entendons: à Jérusalem se fera la réconciliation des trois rameaux de la religion monothéiste, du culte “pur”, de l’ikhlâs, comme dit le Coran, du judaïsme, du christianisme et de l’islam en première ligne de l’histoire mondiale, ce moment islamique de l’Histoire auquel nous appartenons ne sera pas compris des juifs et de la chrétienté. (...) Par son amour de Jésus et de Marie, l'islam invite Israël à se reconnaître peuple du Messie, qui est le Messie de tous les fils d'Abraham. Par Muhammad, l'orphelin, l'exilé, l'étranger adoptant les étrangers, par Fâtima, la victime exemplaire des injustices, si proche de la Vierge aux Douleurs, par le cri de justice qui sera poussé au jour de la Résurrection au nom d'Ismaël, le proscrit, réconcilié avec Isaac aux funérailles d'Abraham, l'islam invite la chrétienté à renoncer à sa sécularisation, à l'idôlatrie techniciste, à se vivre comme le nouvel Israël, à devenir "des sémites spirituels". (...)
Dieu est Personne, et Dieu est déplacé, à tous les sens du terme. Il n’a pas sa place, il a, depuis toujours, perdu sa place, il est hors lieu, au désert. Sa seule épiphanie est la Victime, l’Agneau du sacrifice, la Personne déplacée.
C’est de cela qu’il s’agit dans la mystique de Massignon, qui ne fait qu’un avec sa politique. Ici encore, que de caricatures! Non, Massignon n’a point milité contre Israël, mais contre la partition de la Terre sainte. La Terre sainte, écrit-il, doit rester aux croyants. Israël et Ismaël, les chrétiens, les juifs, les musulmans sont aussi responsables les uns que les autres d’une partition voulue par les grandes puissances, embarrassées des juifs qu’elles ont abandonnés à leurs bourreaux, et rejetant sur les Arabes de Palestine le leg de leurs politiques criminelles. (...) Massignon entre en insurrection morale, lors de la fondation de l’Etat d’Israël, non pour combattre les juifs, mais pour que les juifs, musulmans et chrétiens fassent de la Terre sainte le lieu prédit du Jugement et de la Réconciliation avec Dieu. Les combats pour la justice à Madagascar, en Afrique du Nord, pour toutes les personnes déplacées, en France métropolitaine, pour les ouvriers qu’il aide et soutient silencieusement, pour les prisonniers arabes de droit commun qu’il visite à Fresnes, pour le fellagha qu’il sauve de la guillotine en un plaidoyer fougueux, ses combats pour tous les exclus sont des combats pour l’Etranger. (...)
Aujourd’hui, quand l’Etranger, la Personne déplacée, est la victime des guerres où les troupes régulières s’épargnent, mais où les milices massacrent les populations civiles et les font fuir par centaines de milliers, quand “l’immigré” est traité comme un indésirable, quand la charité envers l’Hôte est devenue un vain mot, au nom de comptabilités obscènes, l’actualité politique de la pensée de Massignon est la raison suffisante de la publication de ses écrits de combats. (...)

Extraits de la préface rédigée par Christian Jambet pour les
Ecrits mémorables de Louis Massignon (Robert Laffont, 2009)
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mercredi 11 novembre 2009

Affaiblir la structure


Le Pain et la rue (1970) Abbas Kiarostami

Je ne supporte pas le cinéma narratif, je quitte la salle. Le seul moyen d’envisager un nouveau cinéma c’est de considérer davantage le rôle du spectateur. Il faut envisager un cinéma inachevé et incomplet pour que le spectateur puisse intervenir et combler les vides, les manques. Au lieu de faire un film avec une structure solide et impeccable. Il faut affaiblir celle-ci - tout en ayant conscience qu’on ne doit pas faire fuir le spectateur ! La solution est peut-être d’inciter justement le spectateur à avoir une présence active et constructive. Je crois davantage à un art qui cherche à créer la différence. La divergence entre les gens plutôt que la convergence où tout le monde serait d’accord. De cette manière, il y a une diversité de pensée et de réaction. Chacun construit son propre film.


L'évidence du film. Abbas Kiarostami de Jean-Luc Nancy (Yves Gevaert Editeur, 2001)

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