
Musawah est un mouvement à vocation internationale, initié par les Sisters in Islam - groupe de réflexion malaysien fondé en 1988 qui a pour objectif primordial de “renouer avec l’esprit révolutionnaire de l’Islam” et pour effet collatéral plutôt heureux de battre en brèche les discours néo-coloniaux de féministes blanches en mal de sensation. Car certaines d’entre elles - avec l'appui de faire-valoirs du Tiers-monde évidemment - ont fait de la dénonciation de l’Islam leur fond de commerce, préfèrant à la lutte contre les abus toujours tenaces du patriarcat dans les sociétés dites “libres”, l’exhortation incessante des musulmanes à diluer leur foi dans un mélange pas très subtil de pseudo-universalisme et d'ultra-libéralisme (sans autres limites que celles - forcément émancipatrices - du capital).
Musawah, en dépit de certaines faiblesses, présente au moins la qualité d'inclure une diversité de points de vue. C'est une plateforme d'échange pour les militant-e-s et les intellectuel-le-s de douze pays - qui incluent l’Egypte, le Qatar, le Royaume-Uni, l’Iran, la Gambie, le Nigeria, le Pakistan, les Etats-Unis, la Turquie et le Maroc.
Leurs débats dessinent les contours d’un féminisme islamique, déjà esquissé par d’autres figures malheureusement peu connues du public francophone - telle Zaynab Al Ghazali (1917-2005), une militante qui a fondé l’Association des Femmes Musulmanes et passé plusieurs années en prison. A la mention de son nom, il se peut que certain-e-s défaillent car Zaynab al Ghazali était proche des Frères Musulmans mais cette proximité n’a jamais entravé son cheminement personnel dans la quête de justice, au point d’avoir toujours maintenu l’autonomie de son organisation vis-à-vis des Frères.
Comme l’a observé Margot Badran, une chercheuse qui a publié de nombreux articles et ouvrages liés au féminisme islamique, dont Feminism in Islam: Secular and Religious Convergences (Oneworld Press, Oxford, 2008): “Le féminisme islamique est de loin plus radical que les féminismes laïcs desquels se revendiquent certaines musulmanes.”
L’expression “Islamic feminism” n’est de toute façon jamais traduite en français où la possibilité même d’un féminisme des minorités - qui ne soit pas articulé aux discours dominants sur... la domination - reste impensé. De la même façon, le Black Feminism est en France à peine (re)connu - la seule anthologie disponible à ce jour a été publiée chez l’Harmattan en 2008 et les textes n'abordent même pas le corpus, pourtant extrêmement riche, du Chicana Feminism (féminisme des minorités latino-américaines). Si le Black Feminism a été qualifié, l'espace d'une saison, par le magazine les Inrockuptibles de "buzz qui monte" [sic], le soufflé est fatalement très vite retombé - ce champ ayant été réduit à sa dimension strictement culturelle, "fashion" et branchée. Une pub Benetton, en somme.
Les conséquences politiques fracassantes de ces textes ont donc largement été passées sous silence. Personne n'a vraiment trouvé d'intérêt à mettre en perspective ces articles avec les combats féministes d'autres minorités plus proches de nous, dans le temps et dans l'espace - celui des lycéennes musulmanes que l'école républicaine a exclu de ses rangs parce qu'elles portaient un voile, par exemple.


