Dans son discours de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, le Président de la république française s'est engagé à "pourchasser l'antisémitisme avec la plus grande détermination". Il a aussi insisté qu'il n'y aurait pas de "mémoire perdue" et employé cette saisissante formule : "l'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est une abjection".
Si dans les années 1930, la police française n'a effectivement pas lésiné dans le zèle raciste qui consista à livrer, sans qu'elles l'exigeassent, des femmes et des enfants Juifs aux autorités allemandes (cf. les indispensables travaux de
Maurice Rajsfus, lui-même rescapé de la rafle), les années 2000 ont consacré la chasse à un nouveau profil : l'Arabo-Musulman.
Avec une police aujourd'hui dépourvue de puissances occupantes auxquelles livrer ces nouveaux encombrants, on se contente alors de stigmatisations récurrentes dans les médias hégémoniques, assorties de "bavures" à médiatisation inversement proportionnelle :
Abdel, 25 ans, Aulnay-sous-Bois, trouve la mort à la suite d'un contrôle policier "musclé" le 17 janvier 2012 ; d'autres noms ? Ali Ziri, Abdelhkim Ajimi, Lakhamy Samoura et Mouhsin Sehhouli ... La liste est encore trop longue :
ici on lira un compte-rendu du procès des meurtriers d'Abdelhakim Ajimi et
là une analyse du renvoi du procès du meurtrier de Lakhamy Samoura et Mouhsin Sehhouli.
La persistance d'un racisme (anti-arabe et anti-noir) au sein de la police française devrait être présent à l'esprit de quiconque souhaite vraiment qu'il n'y ait pas de "mémoire perdue". Lorsque le Premier Ministre de François Hollande choisit de nommer à l'Intérieur un homme qui déplore le manque de "blancos" dans les rues de sa ville et développe par conséquent une grille de lecture clairement racialiste, on ne peut que constater que la mémoire est en voie de perdition et que l'usage de la commémoration n'a aucune visée corrective.
Quand le Président explique encore que le crime a été commis "contre la France, contre ses valeurs, contre ses principes", l'argumentation se transforme en bouillie nationaliste très peu digeste et insultante pour la mémoire des victimes réelles de cette rafle qui sont des personnes réelles et non des mots vides de sens. Au lieu de faire ronfler les pseudo-valeurs et claquer les drapeaux, ne devrait-on pas se préoccuper plutôt de la mise en pratique concrète de l'égalité revendiquée ?
Les islamo-gauchistes ont remplacé les judéo-bolchéviques. Le Juif Suss hante encore l'imaginaire français : il a gardé sa barbe, son nez crochu et son bel air sombre. Il a échangé les prières du sabbat contre la
Jumu'a, celles du vendredi qui viendraient transfigurer nos rues.
Comment ne pas percevoir dans les grotesques apéros "saucisson-pinard" géants, dans l'interdiction d'accès à certains espaces publics, dans les sorties d'un
Claude Imbert ou d'un
Michel Houellebecq, dans la mention d'un
déséquilibré mental manipulé comme archétype du musulman, ce que François Hollande a précisément qualifié - et avec raison - d'
ignominie?
L'islamophobie
n'est pas une opinion. Elle est la forme actuellement tolérable du racisme et de l'orientalisme français, sa continuité par d'autres moyens, c'est-à-dire avec les étrangers dont on dispose : les inassimilables couteau entre les dents, les basané.e.s qui vivent dans les quartiers populaires et qui prétendument ne voudraient pas s'intégrer, celles qui portent des voiles, ceux qui portent des barbes, celles et ceux qui prient dans une langue étrange.