jeudi 26 janvier 2012

Quadruple tare


Quatre obstacles surtout nous séparent d'une forme de civilisation susceptible de valoir quelque chose. Notre conception fausse de la grandeur ; la dégradation du sentiment de la justice ; notre idolâtrie de l'argent ; et l'absence en nous d'inspiration religieuse. On peut s'exprimer à la première personne du pluriel sans aucune hésitation, car il est douteux qu'à l'instant présent un seul être humain sur la surface du globe terrestre échappe à cette quadruple tare, et plus douteux encore qu'il y en ait un seul dans la race blanche. Mais s'il y en a quelques-uns, comme il faut malgré tout l'espérer, ils sont cachés.

Simone WEIL - L'Enracinement (1949)

illustration : Dürer - Etude de mains (1506)
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dimanche 4 décembre 2011

Construction de l'autonomie politique


DECLARATION COMMUNE DES PARTICIPANT-E-S LORS DE LA TROISIEME RENCONTRE DES LUTTES DE L’IMMIGRATION LE DIMANCHE 27 novembre 2011 A CRETEIL

Source : http://resister-art35.blogspot.com/2011/11/les-quartiers-populaires-font-bloc.html

Depuis des décennies nos quartiers populaires sont paupérisés, précarisés, discriminés, surveillés, contrôlés.


Depuis des décennies les habitant-e-s des quartiers populaires et les populations issues des immigrations sont injuriées, humiliées, méprisées, instituées comme ennemi de l’intérieur.


Mais qu’on ne se trompe pas, nous sommes exploité-e-s, mais non soumis-e-s, opprimé-e-s mais non résigné-e-s, dominé-e-s mais non dompté-e- s.

Des résistances existent, mais sont éparpillées, les mobilisations sont multiples mais invisibles, les combats ne sont pas nouveaux mais insuffisants à changer réellement le rapport de force.

Cette situation catastrophique de nos quartiers populaires est nous le savons liée à notre absence d’auto-organisation coordonnées pour nos quartiers populaire visible au niveau national, capable de produire les rapports de force sans lequel rien ne peux changer.


Elle est liée à la confiscation de notre parole par les organisations et partis politiques qui ne connaissent rien de notre situation, qui la travestissent, l’instrumentalisent, l’euphémisent.


Pour toutes ces raisons les présent-e-s à l’assemblée s’entendent sur la nécessité du passage au politique pour :

· peser sur le rapport de force, par des mobilisations militantes communes sur l’ensemble du territoire,

· dénoncer et démasquer de manière commune toutes les attaques et tentative de récupération de notre situation et de notre combat,

· Etre présent pendant les prochaines campagnes électorales,

· Préparer les prochaines étapes de notre construction politique.


Pour assurer cette nécessité du passage au politique les débats ont débouché sur 2 options :

· La création immédiate d’un mouvement politique susceptible de représenter les intérêts des QP et des Immigrations. Pour les partisan-ne-s de cette option la situation d’urgence justifie ce passage. Première réunion le 17/12/2011 à Créteil).

· La fondation d’un Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires qui n’a pas vocation à remplacer les organisations existantes mais d’être l’expression politique de notre expression commune. Première réunion le 18/12/2011 à Bagnolet.


Ces deux options ne sont pas contradictoires, mais reflètent l’état de notre situation et de nos débats.


Ces deux options continueront à être débattues entre nous, elles seront toutes les deux mises en œuvre par leurs partisan-ne-s respectifs.


Ensemble nous tirerons le bilan de ces deux expériences. C’est dans l’action que naîtra la forme d’organisation adéquate.

Illustration : Emory Douglas - "Ma souffrance, mon amertume, ma solitude. Je ne vais pas les laisser me plomber, ni me faire retourner ma veste."
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jeudi 17 novembre 2011

Traiter les taupes, ou la diplomatie selon Charlie Hebdo


La destruction des locaux de Charlie Hebdo survient à point nommé pour sauver la publication de son enlisement financier et de son insignifiance politique - car le cocktail molotov a aussi fait flamber les ventes.

La Une islamophobe et grotesque qui fait actuellement grand bruit en passe d'autres, non moins idéologiquement pernicieuses, sous silence. Il est un dessin - signalé ici par un bloggeur qui n'a pas la mémoire la courte - dont on peut se rappeler avec profit au moment où se prépare une guerre contre l'Iran en vue de la seule défense des intérêts d'un petit Etat expansionniste et illégitime.

Déjà en 2006, Charlie Hebdo révélait son parti-pris : peu soucieux des dommages collatéraux produits par les guerres impérialistes, pourvu que les victimes soient Arabes et/ou musulmanes ; la Une en question montrait un soldat israélien assimilant une partie des représentants du peuple libanais à des animaux nuisibles - qu'il était donc nécessaire d'éradiquer sans pitié. Affaire rondement menée par "l'armée la plus morale du monde" : 1200 civils libanais tués, dont 45 % d'enfants, 3680 blessés, 971 361 déplacés, 6900 maisons détruites, 630 kilomètres de routes, 73 ponts. En cadeau d'adieu aux civils libanais, et alors qu'elle vient de signer une résolution de paix, l'armée d'occupation glorifiée par les rebelles subversifs de Charlie Hebdo lâche 4 millions de bombes à fragmentation non explosées. Jan Eagleman, secrétaire général adjoint de l'ONU, qualifia à l'époque ces bombardements de "choquants et immoraux" tandis que le spinoziste de salon Philippe Val crachait d'élégants commentaires relatifs à la Palestine - plaignant notamment Ariel Sharon : "coupable de se laisser entraîner à l'irréparable".

En définitive, si le "non-événement du mercredi" - comme l'avait surnommé le regretté PLPL - peut encore servir quelque chose, c'est à éponger le vomi que sa lecture provoque.

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samedi 5 novembre 2011

Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo !

Texte paru sur LMSI le 5 novembre 2011
Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo !
La liberté d’expression n’est pas à défendre, elle est à conquérir

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous
refusons catégoriquement l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en
est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et
par les grands médias.

Nous affirmons :

* qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que des dégats matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetiere musulman.

* que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent
plus que les autres.

* que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.

* que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des "extrémistes musulmans", en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.

* qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégats matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première "affaire des caricatures"
- bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.

* que, contrairement à ce qui se dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une
décennie.

* qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bonleur semble, sans qu’un Etat national-laïque leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel - cet espace de "libre expression" qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen.

* que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés
coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à
ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les
lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues
contre toute "offense au drapeau ou à l’hymne national".

* que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris "dans ce moment difficile", à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.

* que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’Etat.

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jeudi 3 novembre 2011

Un cocktail Molotov dans la nuit

Un article de Mathias Reymond publié hier (2 novembre 2011) dans Acrimed :
Un bâtiment en feu. Des flammes qui s’échappent des fenêtres. Des badauds qui s’arrêtent sur le trottoir. Des sirènes qui retentissent. Des pompiers qui éteignent l’incendie. Des cris, des pleurs qui s’envolent dans la nuit. La démocratie est en danger.
Dans la nuit du 24 octobre 2011, un cocktail molotov embrasait un squat du 163, rue des Pyrénées (Paris XXe). Une quarantaine de familles roms, victimes de l’attentat, y perdaient toutes leurs maigres biens. L’un des habitants y perdait même la vie. La plupart des médias ont fait leur choix : celui du silence et de l’ignorance. Personne n’a alors déclaré que la démocratie était en danger…
Dans la nuit du 1er novembre 2011, un cocktail Molotov mettait le feu aux locaux d’un hebdomadaire satirique à Paris. La démocratie est-elle vraiment en danger ? Une quarantaine d’ordinateurs, victimes de l’attentat, y perdaient leurs disques durs. La plupart des médias ont fait leur choix : celui du vacarme et de la confraternité.
Et Nicolas Demorand, directeur de Libération, a fait le sien : « Les équipes de Charlie Hebdo sont les bienvenues à Libé le temps qu’elles retrouvent des locaux et des ordinateurs. On se serrera. »
Il n’a pas dit : « Les familles de Roms sont les bienvenues à Libé le temps qu’elles retrouvent des logements. On se serrera. »
Ce n’est pas comparable ? Peut-être… mais c’est suggestif.

Mathias Reymond (d’après une idée de Mat Colloghan)
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dimanche 30 octobre 2011

Arno Klarsfeld, la "question Rom" et le "dépassement des valeurs d'origine"

L'avocat médiatique Arno Klarsfeld est depuis le mois septembre à la tête de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration - une nomination présidentielle. Il a déclaré récemment dans les colonnes de la Voix du Nord (28 octobre) :
"Il faut que l'Europe s'occupe de la question rom comme elle s'est occupée de la dette. C'est la solution à long terme. Après, à court terme, on les renvoie chez eux avec 300 euros, même si on sait qu'ils reviennent. On me dit de ne pas le dire, mais c'est un mal nécessaire. D'autant que ce n'est pas inhumain. Les associations qui le disent sont dans le blabla démagogique."
Klarsfeld, dont les parents Serge et Beate ont lutté de manière systématique contre les criminels nazis, devrait avoir la décence, à défaut de la rigueur professionnelle exigée par son poste, de ne pas employer le "blabla démagogique" de la propagande antisémite des années 1930 contre les Roms, alors qu'il y a quatre jours on découvrait un corps calciné par un incendie criminel dans le hangar du XXème arrondissement où s'entassaient 114 personnes, dont 43 enfants.
Le président de l'OFII, crétin en rollers, croit peut-être qu'il aura l'air moins raciste en tenant des propos relatifs à la beauté des enfants Roms comme d'autres pouvaient s'émouvoir du sourire des jolis petits nègres : "les enfants sont magnifiques, pleins de vie" déclarait-il encore à la Voix du Nord. Pleins de vie tant qu'ils ne s'exposent pas au risque de crever calcinés dans des logements insalubres. Mais Arno Klarsfeld est bien incapable et peu soucieux de dépasser les considérations esthétiques, comme en témoignait déjà un article du Monde (14 septembre 2011), publié à l'occasion de sa nomination et dont voici un extrait :
En juin 2006, M. Klarsfeld est nommé médiateur national dans le conflit des familles étrangères en situation irrégulière menacées d'expulsion alors que leurs enfants étaient scolarisés. Il laissera plutôt un mauvais souvenir aux responsables associatifs qui le côtoient à cette époque.
Jérôme Martinez, secrétaire général de la Cimade, association de défense des sans-papiers, se souvient: "La première fois qu'on l'a vu débarquer, c'était trois jours après sa nomination comme médiateur dans le dossier de régularisation des familles sans papiers en 2006. Il est arrivé au siège de la Cimade en rollers, suant, une bouteille d'eau sous le coude, mais aucun dossier. Il ne connaissait rien."
Même critique de la part d'Armelle Gardien, militante du Réseau éducation sans frontières (RESF), à l'origine du mouvement de régularisation des familles ayant des enfants scolarisés. Selon elle, "au début de sa nomination comme médiateur, il était très empathique, puis, quand Nicolas Sarkozy a changé de ligne, il est devenu insensible à toutes les sollicitations".
La nomination d'Arno Klarsfeld à ce poste est injustifiée à au moins deux titres : son incompétence et son allégeance aux armes d'un Etat étranger qui mène une politique de colonisation illégale, au mépris du droit international - comme en témoigne le chiffre record de résolutions de l'ONU violées.
Le site de l'OFII stipulait pourtant :
Fidèle à sa tradition d'accueil et d'intégration, la France conduit, en matière d'immigration, une politique faite de générosité et d'humanisme avec, comme ligne d'horizon, le dépassement des valeurs d'origine et l'adhésion à des valeurs communes qui sont celles de la République.
Or, pour être conséquents avec leurs propres principes, notamment celui de "dépassement des valeurs d'origine" - une injonction par ailleurs inadéquate avec le premier article de la Constitution française "qui respecte toutes les croyances" - il faudrait que chacun dans les rangs de l'UMP se plie, pour donner l'exemple, à la vision "humaniste et généreuse" de la République selon Claude Guéant - à commencer par le réserviste de l'armée israélienne Arno Klarsfeld.

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vendredi 16 septembre 2011

Libération de la Libye

Gary Barker - 27 août 2011 dans le Guardian
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